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samedi 18 janvier 2025

 

Autobiographie d’Eddy Mitchell p 74

Claude (François) était un ami. Je l’avais connu quand il avait encore son premier nez, le grand, celui sur lequel il pouvait mettre quatre paires de lunettes. Personne ne peut le savoir aujourd’hui : il avait fait disparaitre toutes les photos dès son premier succès. Il s’était donc fait refaire ce nez qui le complexait. Quand je l’ai connu, il n’était même pas encore batteur, seulement percussionniste d’Olivier Despax, qui était un des meilleurs guitaristes de jazz français. Un bon percussionniste doit être à la hauteur de sa tâche, Claude l’était mais son objectif quand il se levait le matin, ce n’était pas d’être un bon musicien, c’était de supplanter le chanteur. A force, Despax a fini par le virer. Nous sommes devenus copains à ce moment-là. S’il avait la rage de réussir, il avait aussi besoin d’argent, comme tout le monde. Pour l’aider, on l’a recommandé auprès de Boirond.

Chorégraphe sur le film, donc, il était content parce qu’il était bien payé pour pas grand-chose. Mais là encore, il ne tenait pas en place, son énergie était telle qu’il ne pouvait pas se restreindre à sa tâche, il fallait qu’il se mette en avant. Le premier jour de tournage, il nous a sorti le disque qu’il venait d’enregistrer sous le nom de Koko, « Le Nabout twist », et il a essayé de nous le vendre. Au beau milieu d’une prise.

Le réalisateur n’a fait ni une ni deux : « Qu’est-ce que c’est que ce guignol ? Dehors ! »

Il avait donc encore réussi à se faire virer dès le premier jour.

On a beaucoup dit de mal de lui, de son caractère, de son perfectionnisme un peu dictatorial, mais il ne faut pas oublier que c’était d’abord un fou de musique. C’était d’abord un des rares Européens à avoir enregistré à la Motown, à Détroit, en 1971, sa reprise de « It’s the Same Old Song », « c’est la même chanson ».

Et il était à la pointe de toutes les techniques. Un jour, quelques années plus tard, alors qu’il faisait notre première partie, il nus a demandé s’il pouvait installer sa propre sono, ce qui à l’époque était rare, une seule sono faisant tout le concert. Je lui ai dit, bien sûr, qu’il n’y avait aucun problème, mais qu’il avait tort, car nous avions ce qui se faisait de mieux en la matière, une Semprini italienne, la Rolls de l’époque. Il est parti consulter les techniciens, et quand je suis repassé le voir, j’ai vi qu’il avait loué une sono américaine qui n’existait pas encore en France, un matériel incroyable. Finalement, c’est moi qui lui ai demandé l’autorisation de nous brancher dessus pour notre concert.

Avec moi, il a toujours été parfait. Il me faisait vraiment marrer. Souvent à son insu, d’ailleurs, tant il était poissard, à un point inimaginable.

Un jour, on répétait et on enregistrait dans de studios côte à côte. Il s’est à engueuler son batteur comme du poisson pas frais jusqu’à ce que le musicien, ulcéré, lui foute son poing dans la gueule. Voilà Claude par terre, et le nez pratiquement aussi. Au revoir le joli nez fraîchement refait. On le transporte à l’hôpital. Je devais faire des photos avec lui ce jour-là : la séance est reportée. Cinq jours plus tard, il revient, le nez toujours bandé. Il faut encore attendre quelques jours de plus.

Le jour dit, le photographe arrive, mais Claude est en retard : il doit finir un mixage. Pas de problème. On a du mimosa-champagne pour patienter : dans un grand verre ballon, on verse une moitié de jus d’orange pressé et l’autre moitié est remplie de champagne. Claude tarde ; et on continue de s’envoyer du mimosa-champagne.

L’idée du photographe est de s’installer sur la plateforme de sa camionnette et de nous prendre en photo, Claude et moi sortant du studio. Enfin Claude François est prêt, mais le photographe est soûl comme un cochon. Il nous demande en bredouillant de nous installer, et lui grimpe sur le toit de sa camionnette pour nous prendre en plongée.

« Ça va faire un effet magnifique ! »

Mais au moment du déclic, la camionnette démarre en trombe : ce n’était pas celle du photographe mais celle d’un commerçant qui s’était garé là. L’artiste part cul par-dessus tête et Claude se débrouille je ne sais pas comment pour attraper la porte battante en pleine poire – nez à refaire, retour à l’hôpital.

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